[Ils font le BW] Kieran et Lorcan Fahy : du Brabant wallon à l’Irlande, il n’y a qu’un pas
Description: Père et fils, Kieran et Lorcan Fahy sont tous deux violonistes. Kieran, le père, a grandi en Irlande avant de traverser la Manche pour s’établir en Brabant wallon et poursuivre sa carrière de musicien. Son fils Lorcan, né en Belgique, a suivi ses traces. L’un comme l’autre sont des figures importantes de la musique traditionnelle actuelle.
On pourrait croire que jouer de la musique « trad » (d’Irlande ou d’ailleurs) consiste seulement à interpréter un répertoire existant et à en suivre tous les codes. Par leurs nombreux projets et collaborations développés au cours des années, les Fahy démontrent que ce n’est pas le cas. Si Kieran a joué de nombreux morceaux ancrés dans la tradition Irlandaise, il en a aussi composé et participé à des projets qui s’en éloignent. Pour exemple, le groupe Valerio : de l’aveu de Kieran, son préféré parmi les groupes avec lesquels il a joué.
Lorcan, pour sa part, compose et joue du violon et de la mandoline avec de nombreux groupes de styles très variés, formés au gré de ses rencontres avec des musiciens de différents horizons : fusion folk/jazz avec le trio Green Moon et le sextet Green Moon Tribe ; folk « surréaliste » avec Ekko ; tradition nord-américaine du début du XXe siècle avec le duo Hills of Belgium… Boulimique d’activité, il enseigne le violon à l’Académie de Wavre ainsi qu’à Muziekpublique, centre des musiques du monde situé à Bruxelles. Il coorganise aussi, dans la capitale et toujours avec Muziekpublique, un stage annuel de musique « old-time » américaine qui en est à sa deuxième édition, ainsi que les « Brussels American Roots Music Sessions », des jams old-time qui ont lieu deux fois par mois. Enfin, il enseigne depuis plusieurs années le violon irlandais au Stage International de Musique acoustique de Virton en compagnie de son père, qui donne ce même stage depuis… 36 ans !
Kieran Fahy : « J’ai grandi dans un petit village en Irlande. Comme j’étais un enfant hyperactif, mes parents se sont dit que la musique serait un bon moyen pour « canaliser mon énergie… ». C’est ainsi que, vers 10 ans, j’ai intégré un groupe de pensionnat catholique où j’étais le seul garçon au milieu de jeunes nonnes. Dans la région où nous vivions, c’étaient les seuls « cours » disponibles pour le violon. Plus tard je suis entré au conservatoire de Cork (deuxième plus grande ville d’Irlande, après Dublin, NDLR) pour y apprendre le violon classique. En vivant à Cork, j’ai pris aussi des cours de musique irlandaise, qui m’ont passionné au point de laisser tomber le classique. Cela me permettait aussi de jouer tous les soirs dans les pubs de la ville et d’assurer ainsi ma subsistance. Je me suis perfectionné et ai acquis une certaine réputation dans le milieu des musiques traditionnelles, qui connaissaient alors un grand succès dans toute l’Europe. Programmé aux Fêtes de Gand, j’y ai rencontré ma future épouse Frédérique et me suis alors installé en Belgique. J’ai travaillé dans le bâtiment pour me payer des cours de français, puis dans les assurances. A Bruxelles, j’ai joué deux soirs par semaine pendant 2 ou 3 ans au Kitty O’Shea (un pub irlandais toujours en activité aujourd’hui, NDLR). Avec l’argent gagné, nous avons investi dans une maison à Piétrain (Jodoigne), que nous avons fini par quitter pour habiter Bossut (Grez-Doiceau). J’ai aussi beaucoup tourné en Europe avec les groupes de musique irlandaise Hot Spoons et Shantalla. En ’97, j’ai commencé à donner le cours de violon irlandais au stage de musique acoustique de Virton… ».
Lorcan : « Enfant, avant même de commencer le violon, j’accompagnais mon père à Virton. J’y baignais toute la semaine dans les musiques folk et trad, avec une centaine de musiciens venus y donner des cours ou se perfectionner. A la maison aussi, beaucoup de musiciens venaient répéter avec mon père. Cela m’a donné l’envie de jouer moi aussi. A neuf ans, j’ai commencé le violon dans un ensemble de jeunes formé par la violoniste Véronique Delmelle, qui comme nous habitait Bossut. J’ai ensuite étudié à l’académie de Grez-Doiceau, puis au Conservatoire de Namur, avec un passage au Conservatoire de Cork comme étudiant Erasmus. Les groupes comme Green Moon, Ekko, Hills of Belgium, c’est d’abord le fruit de beaucoup de rencontres, des expériences de stage, des jams… Green Moon par exemple, je l’ai monté vers 14 ans avec le guitariste Téo Crommen, le fils de l’harmoniciste Thierry Crommen qui donnait le stage d’harmonica à Viton, et avec son demi-frère Lucas Deru à la contrebasse. Le trio initial s’est élargi pour devenir Green Moon Tribe avec Thierry à l’harmonica, Antoine Rotthier à la batterie et Antoine Dawans à la trompette. Pour Hills of Belgium, j’ai rencontré le joueur de banjo Jérémie Fraboni aux jams old-time à Bruxelles… »
La musique, qu’elle soit traditionnelle ou non, Kieran et Lorcan en parlent avec une telle passion qu’on pourrait les écouter des heures… mais le mieux est encore d’aller les écouter jouer, séparément avec leurs projets respectifs, ou ensemble avec le Fahy & Crommen Quartet monté avec Thierry Crommen (un des meilleurs harmonicistes d’Europe) et son fils Téo. Amateurs de musique, ne les manquez pas s’ils passent près de chez vous !
(Nous manquons de place pour vous faire découvrir tous les groupes cités dans cet article. Cependant, nous ne résistons pas à l’envie de partager avec vous le mini-concert de Green Moon Tribe filmé à la Ferme du Biéreau à Ottignies).
Pour en savoir plus sur les projets et concerts de Kieran et de Lorcan Fahy : www.fragan.be